Copies conformes ?
6 septembre 2011 Laisser un commentaire
Envie de bleu. Urgent. Quand, en cette rentrée, la couleur dominante tire plutôt sur l’orange-brun qui s’empare des feuilles, ou le gris qui uniformise ciel et immeubles dans une même masse compacte et asphyxiante. Aussi ces deux couvertures, étrangement semblables, m’ont-elles tapé dans l’œil : la surface bleu lagon d’une piscine – aussi lisse, irréelle, inaccessible qu’un visage tiré sur une publicité pour crème antiâge – où ne se reflètent que des chaises et un palmier, vides de toute présence humaine. J’ai cru y voir comme une survivance des vacances. Quelle illusion !
A gauche, le premier coup d’éclat de Bret Easton Ellis, écrit à l’âge de vingt et un ans. Moins que zéro, qui aurait pu s’intituler Pour qui sonne le glam, repose sur la négativité au sens large d’une jeunesse en perdition parce que trop riche, trop désœuvrée, trop désabusée, trop immorale. Etudiants nantis, ils ont tout, donc rien d’essentiel à perdre. Aliénés par la culture de consommation, ils ne vivent que pour le sexe, la drogue, les partys, les snuff movies. Au-delà de la violence des situations décrites, l’écriture minimaliste, qui traduit la désincarnation des personnages dépossédés d’émotions, attrape le lecteur par le col, le secoue et le retourne comme une crêpe pour l’obliger à voir ce qu’il ne veut pas voir : que le mal est là, à l’œuvre sous le nihilisme rutilant de ce monde protégé, mais plombé par un soleil omniprésent, où le narrateur Clay, anesthésié par l’ennui, se construit sans enjeu, sans perspectives, dans un rapport d’élucidation de soi impossible. Dans ce réalisme brut qui confine à la platitude, les excès matériels cachent un vide intérieur abyssal.







![Cover-Inside-Views[1]](http://mabooklist.files.wordpress.com/2011/05/cover-inside-views1.jpg?w=630)
Nuage au-dessus de l’île de Tinos, Grèce.






