La Grèce d’Henry Miller, plus vraie que nature

Oubliez les guides touristiques et laissez-vous emporter par le carnet de voyage en Grèce d’Henry Miller. Selon ses dires, elle appartiendrait encore aux dieux de l’Olympe…

En novembre 1939, Henry Miller quitte son Paris d’adoption pour la Grèce. Fuyant délibérément la guerre qui s’annonce et à laquelle il refuse prendre part, il s’embarque vers un pays qui le fascine depuis l’enfance, synonyme de mythes et de légendes.

Là-bas écrit-il, « tout est légendaire, fabuleux, incroyable, miraculeux – et pourtant vrai ».

Epidaure, Mycènes, Argos… Leur nom, déjà, fait rêver. Bien plus que la capitale et son Parthénon qui le laisse froid, Henry Miller s’éprend des merveilles naturelles et impérissables de ce pays sacré. Ainsi à Daphni, l’église l’intéresse moins que le paysage où :

« la sauge argentée embrasse la terre d’une étreinte puissante, comme si elle gardait un lourd secret reptilien. Je grimpe sur le flanc d’une colline pour mieux contempler le paysage, mais cette beauté nue m’effraie trop. Je m’arrête à mi-pente et regarde autour de moi sans comprendre. ça ressemble à des scènes pleines de magie et de folie que, de temps en temps, Shakespeare faisait surgir, malgré son grand désespoir. Ici, l’homme rejoint le monde reptilien. Ici, il n’ose plus avancer debout, si ce n’est en tant que dieu. »

La fantasmagorie prend le pas sur les explications des savants, sur les dates, sur l’archéologie, « cet esclave sans imagination » qui ne perce rien du profond mystère grec. « Tout cela est fort peu orthodoxe, concède Miller, et peut-être typiquement américain. » Pourtant, malgré ou à cause de son ton spontané, emphatique et libre, il restitue avec une remarquable acuité les impressions uniques attachées à cette terre « illogique, paradoxale, en contradiction avec elle-même d’un bout à l’autre ». Ses images incroyables, proches parfois du surréalisme, traduisent mieux qu’un long discours théorique l’essence véritable de ce pays. Telle la Crète, dont la Canée représente « l’image de Venise en lambeaux », dont Heraklion possède une « architecture à la Dickens (qui) rappelle Le Magasin d’Antiquités« . Et bien d’autres images encore qui font de ce journal de bord – adressé à l’ami et poète Georges Séféris (Prix Nobel de littérature en 1963) – un portrait foisonnant et saisissant.
La Grèce de Miller n’est pas plus belle qu’une autre mais ce qu’elle a en plus relève de l’impalpable : la puissance évocatrice de l’imaginaire.

  • Henry Miller, Premiers Regards sur la Grèce (1971), Arléa, 2010.
  • Voir aussi Le Colosse de Maroussi (1941) où Miller parle de la Grèce, du cosmos, de la vie, dans un lyrisme qui a fait sa signature.
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