Retour sur un passé qui ne passe pas

Sur le vif : Le Temps qui reste d’Elia Suleiman

Plus encore dans ce film que dans ses deux précédents (Chronique d’une disparition et Intervention divine), Elia Suleiman apparaît en clown triste, fantomatique et orphelin. Le Buster Keaton palestinien y raconte la chronique de sa ville, Nazareth, de 1948 à nos jours, rend hommage à ses parents disparus et poursuit son interrogation de toujours : comment être Palestinien en Israël.

Cette question irrésolue reste en suspens. Comment en serait-il autrement ? Avec son style très personnel, décalé, épuré, Le Temps qu’il reste montre combien tout change et combien rien ne change finalement. Combien de temps s’écoulera avant une issue au conflit israélo-palestinien? Qu’est-ce que cela représente-t-il à l’échelle d’une vie humaine ?

Soixante années défilent presque insensiblement sous nos yeux, rythmées par quelques atmosphères d’époque (la création de l’Etat d’Israël, la lutte des résistants palestiniens, la réplique des soldats israéliens prisonniers de leur peur, les décennies 1960-70 pendant l’enfance et l’adolescence du cinéaste, puis le monde contemporain). Mêmes lieux, mêmes personnages ou presque (ils vieillissent, ils meurent), filmés en plans fixes comme des tableaux. Le tout sans la pesanteur d’une imposante reconstitution historique mais avec la grâce lunaire d’un témoin impuissant face à l’enlisement politique. Les Arabes palestiniens vivent tant bien que mal sur la terre qu’ils ont choisi de ne pas quitter, en « absents-présents », soumis à la surveillance par l’occupant juif. La souffrance morale et psychique est présente bien que tournée en dérision : le père de Suleiman constamment suspecté de cacher des armes, le voisin pompiste qui s’arrose d’essence en menaçant de s’immoler, la tante qui perd la vue et la tête… Mais il s’agit là un comique sombre. Seule échappée, au sens propre et figuré : la scène où Suleiman franchit le mur érigé par Israël en saut à la perche. Une fugitive brèche d’espoir et de liberté. Un moment de poésie pure dans une œuvre qui préfère à la démonstration militante la contemplation chargée d’une révolte sourde mais réelle.

  • Le film, en compétition au dernier Festival de Cannes, est sorti l’année dernière.
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