Rimbaud retrouvé ?

Lu ce matin, sur le blog d’Éric Chevillard, la note 949, datée du 8 juillet, que voici :

Rimbaud est-il l’homme à la fine moustache assis sur le perron de l’Hôtel de l’Univers, à Aden, que l’on peut voir sur cette photo récemment découverte ? Il est permis d’en douter. En revanche, ce personnage est entouré de deux Verlaine et de trois Maupassant quant à eux parfaitement identifiables.

 
  

Rimbaud assis, le deuxième en partant de la droite. Crédit photo : Libraires Associés / adoc-photos.

 

En effet, malgré deux années de recherches, le doute et la polémique persistent quant à l’identité du personnage supposé être Arthur Rimbaud (1854-1891) sur ce cliché découvert en 2008, par deux libraires du 18e arrondissement de Paris. Plutôt que de prêter foi à l’authentification comme Jean-Jacques Lefèvre, biographe et spécialiste du poète – il vient de publier la Correspondance posthume (1891-1900) qui arbore en couverture ce visage fuyant assimilé à l’adolescent écorché mué en commerçant d’Aden –, Chevillard, avec son humour habituel, change de perspective et place le curseur sur l’aspect insolite des choses. Le vrai-faux (?) Rimbaud pose problème, concentrez-vous donc sur les autres personnages ! Qui sont tout autant énigmatiques…

Ce pied de nez a le mérite de bousculer gentiment les certitudes, tout en se gardant d’alimenter le débat sur cette photographie inédite qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Il interroge aussi, sans avoir l’air d’y toucher, l’icône qu’est devenu Rimbaud depuis son immortalisation par le photographe Étienne Carjat, en 1871.

Comment s’est fabriqué Rimbaud ? Non pas l’auteur des Illuminations, mais son image, le culte de sa persona ? Sur une mystification, nous explique Jacques Bienvenu dans le Magazine littéraire (juin 2010). Le beau-frère de Rimbaud, dit Paterne Berrichon, aurait fait retoucher le fameux portrait resté le plus célèbre dans l’iconographie du poète, en arrondissant ses joues, « par système ». A l’origine du mythe, donc, il y a une transformation de la réalité sur laquelle notre imagnaire a forgé sa représentation du poète. Falsification, détournement, récupération… Rimbaud n’y échappe pas, comme toute légende. L’exposition Rimbaudmania s’en fait d’ailleurs le témoin, en racontant l’avènement de ce Voyant dans notre mythologie moderne. On peut le regretter, on peut s’en amuser. Le mieux encore est de se replonger dans ses textes éblouissants et incendiaires.

« Rimbaud s’évadant situe indifféremment son âge d’or dans le passé et dans le futur. Il ne s’établit pas. Il ne fait surgir un autre temps, sur le mode de la nostalgie ou celui du désir, que pour l’abattre aussitôt et revenir dans le présent, cette cible au centre toujours affamé de projectiles, ce port naturel de tous les départs. »

René Char

 

  • Rimbaudmania, l’éternité d’une icône, 7 mai – 1er août 2010, Galerie des bibliothèques / Ville de Paris.
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