Variations Callahan

La Fondation Henri Cartier-Bresson met à l’honneur le photographe américain Harry Callahan (1912, Detroit, Michigan – 1999, Atlanta, Georgie). Une centaine de tirages en noir et blanc sur la ville, la nature, et la femme aimée, caractérisés par une pureté formelle compulsive.

"Weeds in Snow" 1943

 

"Telephone Wires" 1945-1976

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À première  vue, on se croirait face à des esquisses tracées sur de petits carrés blancs de 5 cm. En s’approchant, on découvre qu’il s’agit de photographies d’objets partiellement recouverts de neige (Objects in Snow, 1947). Ce sont elles qui commencent l’exposition de la Fondation Henri Cartier-Bresson sobrement intitulée Harry Callahan, Variations. L’impression d’illusion optique se répète devant la série Telephone Wires (1945-1976) montrant des lignes téléphoniques qui se découpent et s’entrecroisent sur un ciel transparent, devant les morceaux de lierre éparpillés sous verre (Ivy Tentacles on Glass, Chicago, 1952) ou encore devant les façades des gratte-ciels new-yorkais (1974), cadrées serré afin d’en accentuer la verticalité et la géométrie. Ces formes rendues à leur abstraction première, ces traits à l’origine de toute image sont la signature de Harry Callahan.

Autodidacte, celui-ci débuta en amateur alors qu’il gagnait sa vie aux usines Chrysler. En 1941, la rencontre du photographe Ansel Adams à la Detroit Foundation Guild fut décisive pour sa vocation. Une de ces rencontres libératrices qui changent le cours d’un destin. Dès 1946, Harry Callahan devient enseignant à l’Institute of Design de Chicago puis à la Rhode Island School of Design de Providence. Toujours humble face à son œuvre qu’il considère comme la poursuite infinie des mêmes motifs (« J’avais envie de revenir sans cesse aux mêmes idées, sachant qu’elles seraient différentes tout en étant les mêmes »), il n’abandonnera jamais la photographie, et n’aura de cesse, non de reproduire le réel, mais de l’intensifier.

"Chicago" ca 1949

"Cape Cod" 1974

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Aussi la valeur littérale de l’image ne l’intéresse-t-elle pas. Pas plus que la photographie documentaire ou engagée qui a pris son essor à la fin des années 1930. Callahan demeure radicalement « unconcerned » (non concerné), sinon pour ce qui l’entoure immédiatement : la ville anonyme et moderne, la nature (verdure, plage de Cape Cod), son épouse Eleanor – muse dont il magnifie sans effet de style le corps un peu lourd, offert mais distant –, parfois prise avec leur fille Barbara. Toujours attentif aux formes et à une certaine rigueur dans la composition, il ne cherche pas à raconter des histoires mais procède par épuisement de ses thèmes fétiches. À l’instar des visages de passantes, saisis en gros plan, à la sauvette : « En ce qui me concerne, je ne suis pas intéressé par le récit en images, je le hais. J’ai essayé de photographier les gens dans les rues, perdus dans leurs pensées, et c’est ce que je voulais. »

"Eleanor" ca 1947

 

"Eleanor, Chicago" 1948

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Minimalisme, pureté, précision viennent aussi à l’esprit en contemplant ses photographies en noir et blanc (à partir de 1977, Callahan s’adonnera exclusivement à la couleur). Variations les met en relation et pointe l’essentiel de leurs obsessions. On voit ainsi se dessiner des liens inattendus et pourtant évidents visuellement entre, par exemple, une brindille (Weed against Sky, Detroit, 1948) et le sexe d’Eleanor (Eleanor, Chicago, 1948). Plus loin, c’est la ligne blanche d’une route capturée pour elle-même (Chicago, ca 1949) qui se juxtapose au rayon de lumière vertical isolant la minuscule silhouette d’un homme entouré d’une pénombre d’encre (Bob Fine, 1952). Là aussi, il faut s’approcher pour l’apercevoir, puis se reculer pour saisir, dans toute son ampleur, la virtuosité de Callahan.

"Eleanor, Chicago" 1949

"Eleanor, Chicago" 1948

 

 

 

 

 

 
 
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"Eleanor, Chicago (The Cross)" 1947

"Weed against the Sky, Detroit" 1948

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© The Estate of Harry Callahan  Courtesy, Pace/MacGill Gallery.
© Maison européenne de la photographie.
  • Harry Callahan, Variations à la Fondation Henri Cartier-Bresson, jusqu’au 19 décembre.
    Catalogue édité par Steidl.
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