Vue

Kati Horna "Staircase to the Cathedral", photomontage, Espagne, 1937

« Dans la plupart des contes les morts se reconnaissent mais les vivants ne se reconnaissent pas.
(…)
Ce qui nous étonne tant dans ces récits – et nous désempare, et même nous angoisse – c’est que les traits les plus aimés ne sont pas du tout incrustés dans ceux qui désirent et qui sont encore dans ce monde. Nous craignons soudain pour nous. Pourquoi la voix des amants n’a-t-elle pas laissé d’empreinte d’elle-même dans leur âme ? L’amour n’a même pas déposé une petite silhouette dans la pupille ou un nom dans le souvenir. La perception de leurs corps et de leurs visages n’est pas assurée. Leur odeur n’est pas incontestable.
(…)
En nous le premier amour est sans mémoire comme il est sans visage. Ce qui fascine à chaque fois dans l’amour est modelé (odeur, salive, ombre) par ce monde originaire, sans visage, prélinguistique, c’est-à-dire non mémorisé c’est-à-dire irreconnaissable. »

  • Pascal Quignard, Les Paradisiaques, chap. V, « La femme de Boèges », 2005.
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