Allen Ginsberg en boucle

Avant de lire Allen Ginsberg, je l’ai entendu lire ses poèmes. La différence a son importance quand on évoque l’apôtre de la Beat Generation, performer rompu à la scène dont le talent oratoire porte si haut ses textes qu’il en devient indissociable. Allen Ginsberg est définitivement une voix. « Voix apparemment usée en surface, comme peut être usée une tête de lecture, mais prête à bondir à neuf dès qu’il était question d’une conviction » (Jacques Darras).

Lire ? Est-ce vraiment le mot le plus juste s’agissant de Ginsberg ? Celui-ci ne lisait pas ses poèmes, il les psalmodiait, poussant les vers jusqu’à l’essoufflement. Sans relâche. Il m’est arrivé d’écouter en boucle l’un de ses enregistrements en public sur un CD oublié dans le lecteur d’une voiture et qui s’enclenchait en même temps que le moteur. Heureuse coïncidence que d’entendre la voix de l’ami de Jack Kerouac, l’auteur d’On the Road, sur la route ! À chaque fois, l’importance de la rythmique de sa poésie résonnait avec davantage de force. Comme si la sonorité précédait le sens, comme si le sentiment précédait l’intelligence…

« like a poem in the dark – escaped back to Oblivion –
No more to say, and nothing to weep for but the Beings in the
Dream, trapped in its disappearance,
sighing, screaming with it, buying and selling pieces of
phantom, worshipping each other,
worshipping the God included in it all –longing or inevitability ? –
while it lasts, a Vision – anything more ?  »

« comme un poème dans le noir – retour vers l’Oubli –
Plus rien à dire, et plus aucune raison de pleurer sinon les
Êtres Rêvés pris au piège de la disparition,
soupirant, criant avec ça, achetant et vendant des morceaux
de fantômes, adorant l’un l’autre,
adorant Dieu inclus dans le tout – le désir ou l’inexorable ? –
Une vision – ça dure autre chose ? »

Extrait de Kaddish, pour Naomi Ginsberg 1894-1956.

Photographies extraites de Beat Memories, prises et légendées par Allen Ginsberg lui-même.
De 1953 à 1963, Ginsberg prit d’innombrables autoportraits et portraits de ses amis beatniks, dont William S. Burroughs, Neal Cassady, Gregory Corso, Jack Kerouac. Désirant fixer « certains moments pour l’éternité » comme il écrivait, il gardait son appareil photo à portée de main quand il était chez lui ou quand il voyageait. Pendant des années, ses photographies restèrent « oubliées » parmi ses papiers. Redécouvertes dans les années 1980, elles furent retirées et complétées par des indications manuscrites. Ginsberg continua régulièrement à photographier ses amis et la vue qu’il avait de la fenêtre de sa cuisine.
Les caractéristiques de sa poésie (l’observation du monde, la foi dans l’expression instinctive, la beauté de l’ordinaire) se retrouvent dans ses images, des instantanés d’une époque.

Photo 1
1953
Myself seen by William Burroughs, Kodak Retina new-bought 2’d hand from Bowery hock-shop, our apartment roof Lower East Side between Avenues B & C, Tompkins Park trees under new antennae. Alan Ansen, Gregory Corso & Jack Kerouac visited, Jack’s The Subterraneans records much of the scene, Burroughs & I edited letter-manuscripts he’d sent from Mexico & South America, Alene Lee (« Mardou Fox » of The Subterraneans) typed final drafts. Neighborhood was heavily Polish & Ukranian, some artists, junkies, medical students, cheap restaurants like « Leshkos » corner 7th & A, rent was only ¼ of my monthly $120 wage as newspaper copyboy. Time of « The Green Automobile » poem to Cassady, Fall 1953.

Photo 2
1984
I sat for decades at morning breakfast tea looking out my kitchen window, one day recognized my own world the familiar background, a giant wet brick-walled undersea Atlantis garden, waving ailanthus (« stinkweed ») « Trees of Heaven, » with chimney pots along Avenue A topped by Stuyvesant Town apartments’ upper floors two blocks distant on 14th Street, I focus’d on the raindrops along the clothesline. « Things are symbols of themselves, » said Chögyam Trungpa Rinpoche. New York City August 18, 1984.

________________
Για τον Μιχάλης Π.

 

  • Allen Ginsberg, Howl [1956] et Kaddish (pour Naomi Ginsberg, 1894-1956) [1961], Christian Bourgois, respectivement 2005 et 1976. Éditions bilingues.  

Lectures complémentaires sur Allen Ginsberg :

  • Jacques Darras, Allen Ginsberg, La voix, le souffle, Jean-Michel Place / Poésie, 2002.
  • Jean Portante, Allen Ginsberg, L’autre Amérique, Le Castor Astral, 1999.
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