Si loin, si proche, la Chine de Robert van der Hilst

Dans Yangtze, The Long River, Nadav Kander photographiait les transformations de la Chine rattrapée par le capitalisme immobilier et industriel. S’y succédaient des vues en grand angle de chantiers et de constructions gigantesques (ponts, complexes…) qui sonnaient le glas d’une identité traditionnelle.
C’est une tout autre approche de la troisième puissance économique mondiale que propose Robert van der Hilst. Depuis 2004, ce Hollandais, qui ne parle pas un mot de mandarin, parcourt les provinces de l’Empire du milieu à la rencontre des ruraux et citadins qui lui ont ouvert les portes de leur foyer, l’invitant à prendre le thé et partager un humble repas.

Délaissant les paysages grandioses ou la course au progrès au profit de l’intimité et du quotidien, Intérieurs chinois se concentre sur les arrière-cours et saisit une vérité de la Chine actuelle qu’on ne voit pas dans les magazines.

N’imaginez pas y trouver la description froide, jusqu’à l’abstraction, de la modernité urbaine avec son univers de béton, de verre et d’acier, de gratte-ciel et d’échangeurs autoroutiers. Il n’y a rien de clinquant, rien d’extraordinaire dans ces photographies, sinon leur composition très soignée et le travail sur la lumière naturelle et les couleurs, magnifiques. Le silence et l’immobilité qui s’en dégagent, en plus d’évoquer la poésie de l’instant, font penser aux tableaux de Vermeer. La prospérité et l’abondance ne s’y affichent pas comme le Saint Graal : paradoxalement, les quelques privilégiés photographiés apparaissent ridicules dans leur monde factice et vulgaire, copie conforme du modèle occidental. En comparaison, les modestes habitats respirent l’authenticité et la dignité. À côté d’objets de tous les jours, usés et patinés, dont on devine qu’ils se sont transmis de génération en génération, il y en a bien quelques-uns plus récents et plus technologiques. Mais leur incongruité saute immédiatement aux yeux, rappelant la réalité des conditions de vie sur place. Il faut garder à l’esprit, indique en préface l’écrivain chinois Yu Hua (Brothers, 2008), que « même après trente années de profonds changements en Chine, le progrès pour beaucoup de Chinois s’est résumé à cela : posséder un réveille-matin puis finir par en avoir quatre. »

  • Robert van der Hilst, Intérieurs chinois, Gallimard, 2010.
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