Paranoid City : vers un urbanisme de la peur

« Quand arrivera l’apocalypse, le problème principal sera le parking. » J. G. Ballard, Millenium People


La favela de Paraisopolis et ses voisins à Sao Paulo

La ville contemporaine est frappée par un mal persistant et contagieux : le sentiment d’insécurité. À la violence, aussi bien réelle que fantasmée, partagée par tous les citadins, riches ou pauvres, à Paris comme à Delhi ou à Mexico, les réponses architecturales semblent dérisoires, produisant à leur tour une autre forme de violence. En effet, elles imposent, en le légitimant, l’usage sécuritaire, promu à grands renforts médiatiques. Pire, elles renforcent en définitive les ségrégations géographiques et sociales.

Tel est le constat qu’Yves Pedrazzini livre dans la revue d’architecture Le Visiteur (nov. 2010). Son étude de l’échec de la politique technocratique à comprendre la complexification de la ville face à l’accélération de la globalisation montre que les enjeux de cette politique architecturale – ou plutôt faudrait-il parler de son défaut – relèvent de la peur mais aussi d’un marché prometteur. « L’insécurité sert tous ceux qui ont investi dans l’architecture défensive, ceux qui ont intérêt à ce que la construction de villes plus sûres passe par la transformation sécuritaire de l’espace, à commencer par ce qu’on appelle encore l’espace public, et non par l’amélioration des conditions sociales de “l’immense minorité”. La sécurité n’est qu’une histoire extrême de défense de la propriété. »

Quand « la sécurisation du territoire se substitue à la planification urbaine », quand l’urbanisme se réduit à n’être qu’une activité de police, il ne faut pas s’étonner de voir apparaître la « ville carcérale », dont les prisons de haute sécurité, les gated communities (communautés fermées) ou les centres commerciaux sont l’expression achevée. Avec à la clé, une division territoriale de plus en plus marquée et infranchissable : d’un côté les zones aisées et surprotégées d’une élite qui fuit le réel, de l’autre les zones défavorisés et dangereuses à sécuriser ou à maintenir à l’écart. Et la menace effective d’une privatisation de l’espace public. Là réside le vrai risque.

« Des designers réinventent l’espace urbain, l’apaisent, évacuent les craintes qui peuvent y être associées, le climatisent, le peuplent de gentils vendeurs aux dents blanches, d’habits colorés sentant le neuf, l’éloignent du réel. Ils accompagnent ainsi la transformation du citoyen en consommateur. »

  • « Violences urbaines, violence de l’urbanisation et urbanisme de la peur », article d’Yves Pedrazzini, dans Le Visiteur, revue critique d’architecture, n°16, nov. 2010.
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