Le monde à l’envers (Bachmann / Celan)

« … mes lettres enflammées, mes appels enflammés,
mes requêtes enflammées, tout le feu que j’ai mis
sur le papier, avec ma main brûlée,
j’ai peur que tout cela ne devienne un bout de papier carbonisé
ou imbibé d’eau : car après le feu, ils envoient l’eau. »

Ingeborg Bachmann, Malina

« Claire est la nuit,
 claire est la nuit, qui nous a inventé des cœurs
 claire est la nuit !

[…]

Et je regarde vers toi,
 Enflammée de soleil :
 Pense au temps où la nuit montait avec nous sur la montagne,
 pense au temps,
 pense que je fus ce que je suis :
 un maître des cachots et des tours,
 un souffle dans les ifs, un buveur dans la mer,
 un mot vers lequel tu descends en feu. »

 
Paul Celan, « Eau et Feu », Pavot et mémoire

Les liens qui unissaient Ingeborg Bachmann et Paul Celan n’étaient pas que passionnels. Ils s’enracinaient dans leur quête poétique d’un langage neuf et dans le poids implacable de leur héritage. Elle, autrichienne, qui vit à l’âge de douze ans son pays annexé par le IIIe Reich et son père se rallier au camp nazi. Lui, Juif de Bucovine, rescapé des camps. Deux destins tragiques hantés par les stupeurs de l’histoire. Dans Malina, qu’elle considérait comme sa « biographie imaginaire », Bachmann laissait deviner, derrière l’un de ses personnages, l’ombre de Celan, l’homme qu’elle disait avoir « aimé plus que (sa) vie ».

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