« Politique du corps » de Bernard Noël / 1

Pourquoi le corps politique ? Parce que c’est le premier lieu de résistance selon Bernard Noël, poète, romancier, dramaturge, essayiste. Le corps comme instinct, comme révolte. Le corps à l’état sauvage et non pas dompté, non pas réduit à l’enveloppe charnelle. Hier, l’opposition s’organisait contre la religion qui censurait la chair. Aujourd’hui, elle a pour cible « la superficialité médiatiquement programmée, qui facilite la manipulation générale. »

 

« S’entraîner à la conscience de la vitalité organique, telle qu’elle est présente à l’arrière de toutes les activités mentales qui nous la dissimulent, a pour effet de ménager en nous une résistance aux diverses formes d’occupation de notre intériorité. L’éducation installe en nous un « je » superficiel qui suffit aux travaux ordinaires et qui est ouvert aux influences assez habiles pour le séduire alors qu’il pense les réfléchir. La religion désincarnait le « je » sous prétexte d’élévation ; les médias agissent d’une manière comparable mais uniquement pour rendre le « je » disponibles à leurs messages. Au fond, tout est fait depuis toujours pour qu’existe en nous une sorte de double qui, sous l’apparence du « je », est notre parasite. Cette substitution est facile aujourd’hui parce que la réalité a cédé la place à ses images, et que celles-ci rendent toujours plus mince l’espace où circule la vie sociale. Minceur et vitesse ont créé un monde plat dont la surface transparente rend tout également visible et indifférent. Cette indifférence permet que tout dire et tout montrer soient la meilleure façon de tout dissimuler grâce à l’insignifiance générale propagée par le mouvement universel de la consommation. Les corps aussi sont à présent des images et débarrassées des imperfections et des inconvénients de la chair. Les médias réussissent à faire ce que les religions échouèrent à réaliser : un monde parfaitement idéal, qui doit au vide ce que le monde spirituel devait au sens. »

  • Bernard Noël, Politique du corps, Ah !, coll. Figures, Les amis de la Revue de l’Université de Bruxelles, 2010.
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