Bienvenue à « Steidlville »

« Respire le papier. Sens-le ! »     Gerhard Steidl

Steidl est à l’édition de livres de photographie ce que la haute couture est au prêt-à-porter. Depuis quarante ans, cette imprimerie et maison d’édition se met au service des artistes avec lesquels elle travaille en étroite collaboration. Ne renonçant ni au beau ni à l’indépendance, elle est devenue une institution unique en son genre.

Gerhard Steidl archive dans de grands tiroirs le matériel lié aux livres publiés ou à publier. Une collection de lettres, photographies, objets, croquis… qui reflète l’univers des artistes et oriente la forme que prendront leurs livres. "Tiroir Robert Frank".

 Gerhard Steidl est bien plus qu’un éditeur de livres de photographie. À lui seul, son nom incarne l’exigence et la qualité en matière de conception et de fabrication d’ouvrages « sur mesure ». Car ceux-ci représentent de véritables objets de séduction et de collection, élaborés avec le plus grand soin technique et un savoir-faire qui repose avant tout sur des règles simples, mais qui se perdent à l’heure du libéralisme et de la rentabilité effrénés : la confiance, le contrôle de chaque étape de la fabrication, l’attachement à l’artisanat.

« Les photographes qui approchent Gerhard Steidl pour la première fois sont souvent étonnés de l’entendre dire après quelques minutes seulement : “D’accord, faisons-le !” Il n’y a alors aucune discussion sur l’étude de marché, aucun besoin de prévoir une deuxième ou troisième rencontre, ou d’évoquer des heures durant le coût du papier, ni d’attendre une confirmation finale : Steidl est tout simplement un homme de confiance. »

Steidl, « tiroir Raymond Depardon ».

Le secret de Steidl tient en un mot : « Steidlville ». Ce surnom, donné par la photographe Roni Horn, donne une idée de la singularité de cette « petite » entreprise qui fonctionne comme une île en autarcie. La maison de la Düstere Strasse, à Göttingen, située à deux heures au nord de Francfort, rassemble une quarantaine de personnes qui fabriquent un livre par jour et mènent de front une vingtaine de projets par semaine. Chacun de ces projets est réalisé sur place ; seuls l’assemblage et la reliure sont effectués à l’extérieur. Tout a même été prévu pour répondre à la moindre question qui se poserait pendant un projet en cours. Artistes, critiques d’art, historiens, conservateurs…sont ainsi « invités » et logés dans les appartements de la maison voisine afin d’être joignables et consultables à tout moment par l’équipe Steidl. Ils sont une centaine à s’y rendre quelques jours par an. Isolés en vase clos et concentrés sur le travail, certains vivent là une expérience ascétique qui confine étrangement à celles d’un laboratoire scientifique ou d’un aéroport :

« Être chez Steidl, c’est un peu comme être bloqué dans un aéroport… Est-ce qu’il fait nuit dehors ? Est-ce l’heure du dîner ou du déjeuner ? Travailler beaucoup, attendre entre deux calages des machines, réviser des maquettes encore et toujours, attendre que Rudi le cuisinier nous serve des plats végétariens délicats pour éviter toute somnolence et nous faire travailler encore davantage… comme si faire des livres exigeait un régime de sportif. Oui, il y a un jetlag Steidlville. »
(Jérôme Sother)

Steidl, "tiroir Deborah Turbeville".

Décalage horaire, décalage par rapport aux éditeurs traditionnels… Il n’empêche que la méthode de travail de Steidl ne laisse rien au hasard. Au motif que la photographie s’expose sur les murs et dans les livres, l’éditeur apporte une grande attention à tous les éléments qui concourent à personnaliser un ouvrage : choix du type et du grammage du papier, typographies, encres et vernis, feuille de garde, coiffe supérieure et inférieure de la reliure, traitement de la couv., etc. Sa passion pour l’impression lui est venue très jeune. En 1967, à dix-sept ans, Steidl avait installé une presse dans son garage pour apprendre le métier. Sérigraphies, lithographies, offsets, il imprime des affiches pour des amis. En 1972, il se lance dans l’édition. Il fréquente Joseph Beuys avec lequel il pense l’imprimé comme une forme d’art. Dans les années 1970, il publie des écrits politiques, et dix ans plus tard, des œuvres littéraires. En 1986, il édite l’œuvre graphique de Günter Grass.

Aujourd’hui, la maison édite une centaine de livres par an et en imprime plus de 200. À ce jour, elle a publié
2 100 titres, et signé des accords d’exclusivité ou de quasi-exclusivité avec de grands artistes, dont Robert Frank (30 livres publiés en cinq ans !), David Bailey, Jim Dine (18 livres), Roni Horn (26 titres), Robert Polidori, Bruce Davidson, Raymond Depardon, Karl Lagerfeld (50 ouvrages depuis 1994, ainsi que toutes sortes d’imprimés pour la maison Chanel), Alec Soth…

  • Steidl. Quand la photographie devient livre. De Robert Frank à Karl Lagerfeld, éd. Steidl et le Musée de l’Élysée, Lausanne et la Monnaie de Paris, 2010.
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