Un week-end sans médias ?

Nuage au-dessus de l’île de Tinos, Grèce.
 

Dans Copie conforme, Pourquoi les médias disent-ils tous la même chose ?, Hervé Brusini analyse les penchants actuels des journalistes pour un traitement de l’information envisagé dans sa sérialité plutôt que dans sa singularité. Résultat : un aplatissement et un appauvrissement de l’information, le sentiment d’une généralisation et d’une uniformisation. La profondeur de champ semble en effet s’être rétrécie à mesure que l’instantanéité des nouvelles s’est installée dans nos vies comme une évidence. L’événement n’est plus perçu pour lui-même mais pour l’écho qu’il produit. Son importance, son intérêt s’apprécie à l’aune de l’audience qu’il génère. Cela correspond sans doute à notre époque mondialement reliée via des réseaux, fichée dans des bases de données de plus en plus fines. Où les caméras s’immiscent partout, conférant aux images un pouvoir excessif, au risque de leur prêter un sens qu’elles n’ont pas, où la transparence fait loi, où les polémiques enflent, alimentant les controverses en tous genres. Brusini raconte que le journaliste s’est transformé en « assembleur d’images » et en un « spécialiste de la complexité » :

« Auparavant ce qu’on dénommait par fait divers, c’était une enquête sur ce qui s’est passé, les circonstances, les acteurs. Aujourd’hui, ce qui intéresse, c’est la répétition des faits divers dans une catégorisation des choses, et qui fait qu’on ne parle plus de faits divers mais de faits de société. Par conséquent, je ne m’intéresse plus à ce qui s’est passé dans le détail, mais à ses grandes lignes, à sa multiplication, au fait que cela devient un grand problème de société. L’expert arrive à toute allure, me dit ce qu’il faut en penser. Cela est une technique typique de l’examen, sous-tendue par une vision chiffrée de la réalité, une vision normée au sens de la statistique qui définit la norme et en ce sens je ne suis plus le reporter du réel mais l’examinateur du concept. »

De fait, on aurait envie d’un week-end (voire plus) sans médias.

  • Hervé Brusini, Copie conforme, Pourquoi les médias disent-ils tous la même chose ?, Seuil, coll. « Médiathèque », 2011.
Publicités

One Response to Un week-end sans médias ?

  1. alain says:

    Bonne idée..

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :