Haut les masques

Ils sont de ceux qui contribuent à faire connaître l’art traditionnel africain hors de ses frontières. Catherine et Patrick Sargos ne se contentent pas de rendre hommage à un certain âge d’or de la culture de l’Afrique noire. En plaçant l’ethnologie au centre de leurs recherches, ils rétablissent une vérité historique et sociale, à savoir que les objets issus de cette civilisation, avant de se voir copiés en série pour les touristes, étaient hautement sacrés.

Célébré dans le monde pour son esthétisme mais bien souvent considéré hors de son contexte originel, l’art traditionnel africain est l’objet d’une admiration et d’un malentendu. Admiration devant la beauté et la richesse formelle d’œuvres conçues par des artisans de génie. Malentendu quant à leur signification intrinsèque qui reste largement méconnue dans la culture occidentale. Pour lever le mystère sur cet art tribal et comprendre ses dimensions sociale et religieuse, le couple de collectionneurs Catherine et Patrick Sargos a entrepris un travail impressionnant. Depuis trente-cinq ans, ils ont rassemblé plus de deux cents objets (masques, statues, fétiches, reliquaires, sièges…), créés autour des années 1920, et provenant d’Afrique de l’Ouest (Mali, Burkina Faso, Guinée, Côte d’Ivoire…), du Nigeria, du Cameroun, d’Afrique centrale (Congo, Gabon, Angola, Zambie…). La fonction de ces pièces exceptionnelles, expliquent-ils, est principalement sacrée, avant d’être décorative. Ces objets, dont le style change selon les ethnies, permettent d’accomplir les cultes et d’entrer en contact avec les divinités. Pour prendre l’exemple des masques, tellement fascinants, leur rôle varie : purement festifs quand ils sont portés par des danseurs costumés qui miment des scènes de la vie courante ou de la mythologie ; initiatiques quand les cérémonies publiques comportent des phases consacrées à la rencontre avec les esprits ; destinés à la sorcellerie, à la médecine, aux funérailles, à l’intronisation d’un nouveau roi ou aux commémorations des ancêtres ; ou encore à caractère social dans les cas de la répression et de la justice.


En partant de l’aspect profane (le mode de vie) pour atteindre l’aspect sacré (les rituels), Arts et traditions d’Afrique explore de l’intérieur, c’est-à-dire auprès des ethnies, la profondeur spirituelle de ces objets. Ce livre se révèle passionnant grâce à ses reproductions magnifiques et grâce aux notices explicatives très pédagogiques, présentées en introduction sous forme d’encyclopédie et accompagnées de cartes postales et photographies d’époque. Chaque objet dévoilé dans ces pages est authentique, ayant servi à des rites et ayant été fabriqué à cet usage par et pour la tribu concernée.

Légendes des photos :

1. Chez les Hemba d’Afrique centrale, les masques soko-mutu (ce qui signifie « homme-singe ») sortent essentiellement pour les fêtes de funérailles. Le danseur, dissimulé sous un costume d’écorce, commence sa prestation par des acrobaties, puis il se retourne contre les femmes et les enfants pour leur faire peur, avant de revenir à son rôle de divertissement.

2. Masque soweï de la société initiatique bundu chez les Mendé de Sierra Leone.
Le « bundu » ou « sande » est la seule société féminine en Afrique noire dont les masques sont portés par des femmes. Les masques soweï apparaissent à trois périodes de l’initiation des jeunes filles.

3. Masque molo des forgerons Bobo. Les Bobo habitent la partie ouest du Burkina Faso. Leurs masques incarnent le dieu Dwo, fils du créateur Wuro. Les principaux sont ceux de la caste des forgerons qui sont aussi les grands prêtres du culte de Dwo.

4. Ce masque kponiougo de Côte d’Ivoire est un des modèles les plus complets : tous les crocs sont en place, le caméléon et le calao occupent l’arrière du crâne, la cupule contenant la charge magique se trouve devant le caméléon.

  • Arts et traditions d’Afrique, du profane au sacré, Hazan, 2010.
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