Déséquilibre

That Autumn

« Ash Wednesday. The debris – the paper and sooty dust – had surged up the avenues and stopped at Duane Street.
Staggering up West Broadway, coated head to foot in dun ash, he looked like a statue commemorating some ancient victory, or, more likely, some noble defeat – a Confederate general, perhaps. That was her second impression. Her first was that he was at least a day late. Yesterday morning, and well into the afternoon, thousands has made this same march up West Broadway, fleeing the tilting plume of smoke, covered in the same gray ash, slogging through it as a cerulean sky rained paper down on them – a Black Mass version of the old ticker-tape parades of lower Broadway. It was as if the solitary figure was re-enacting the retreat of an already-famous battle. »

« Mercredi des cendres. Les débris – papier et poussière de suie – avaient déferlé sur les avenues, s’arrêtant net à Duane Street.
Chancelant le long de West Broadway, couvert des pieds à la tête de cendres brun grisâtre, il ressemblait à une statue commémorant une victoire ancienne, ou plus encore quelque noble défaite – un général confédéré peut-être. Ce fut la première impression qu’elle eut de lui, la deuxième étant qu’il avait au moins un jour de retard. La veille au matin et jusqu’à tard dans l’après-midi, ils avaient été des milliers à effectuer ce même trajet le long de West Broadway, fuyant le panache incliné de la fumée, couvert de la même cendre grise, se traînant sous son voile tandis que le ciel céruléen faisait pleuvoir du papier sur leurs têtes – une version Messe noire, des serpentins de défiler sur West Broadway. C’était comme si cette silhouette solitaire venait rejouer la retraite d’une bataille déjà célèbre. »

Jay McInerney est l’un des premiers romanciers américains à avoir mis en mots le traumatisme du 11 Septembre 2001 et ses conséquences sur la vie des New-Yorkais meurtris par l’onde de choc de l’attentat. Dans ce livre, deux couples vont découvrir par le biais de cette violente tragédie non seulement la fragilité de leur vie, si belle en apparence, si réussie – toute l’ironie du texte réside là, dans cet aveuglement –, mais surtout les mensonges sur lesquels elle repose. En même temps que les Twin Towers, ce sont leurs illusions qui s’écroulent.

Peinture : Sophie Taeuber-Arp, Equilibre, 1931.

  • Jay McInerney, The Good Life, Vintage, 2006 / la Belle Vie, Points Seuil, 2008.
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