Madeleine Vionnet, moderne avant tout

Retour sur l’expo Madeleine Vionnet, Puriste de la mode – Musée des Arts Décoratifs


PURISTE DE LA MODE, Madeleine Vionnet l’était assurément. Indépendante et avant-gardiste aussi. 

Personnalité dotée d’une grande audace pour son époque, Madeleine Vionnet (1876-1975) a été et reste encore aujourd’hui une figure de la modernité. En inventant et perfectionnant la coupe en biais et l’art du drapé, cette contemporaine de Coco Chanel, Paul Poiret et Jeanne Lanvin s’est forgé un style qui constitue une référence et suscite non seulement du respect mais une profonde admiration. 

Pour la manière dont elle a émancipé le corps féminin en le parant de robes souples, taillées dans le biais du tissu (technique jusque-là réservée à la doublure des vêtements) et qui s’ajustent naturellement, pour sa vision pragmatique du métier et son sens commercial (elle ne se considérait pas comme une artiste à part entière, mais comme une femme de goût qui gardait à l’esprit la finalité de son art), pour avoir été la première à lutter contre la contrefaçon, pour les avancées sociales accordées à son personnel (installation dans sa maison de couture d’une cantine, d’un cabinet médical et dentaire gratuits, d’une crèche !), pour ses traits de génie, pour son succès immédiat, pour avoir pris très tôt conscience de la nécessité de léguer son patrimoine à la mémoire collective (en 1952, elle fait une donation à l’Union Française des Arts du Costume)… Pour toutes ces raisons et d’autres encore, on ne peut que reconnaître en Madeleine Vionnet une créatrice exceptionnelle, sans laquelle le 20e siècle n’aurait pas eu le même visage. 

D’une famille modeste, elle fonde sa propre maison de couture en 1912, après des apprentissages à Londres chez Kate Reilly, puis à Paris chez les sœurs Callot et chez Doucet. Fermée pendant la Grande guerre, celle-ci rouvrira en 1918 pour fermer définitivement en 1939, à la veille de la Seconde guerre mondiale. Madeleine Vionnet a alors 63 ans et, considérant son travail accompli, ne souhaite pas que sa maison soit reprise. Elle aura réalisé l’essentiel de son œuvre pendant l’entre-deux guerres. 

Outre la systématisation de l’usage du biais, sa création se caractérise par une pureté proche de l’abstraction. Inspirée par la Grèce antique, les formes géométriques (carré, rectangle, cercle), les motifs floraux et Art déco, Madeleine Vionnet imagine ses robes à partir d’idées conceptuelles. L’un de ses fameux patrons de 1920 est formé de deux grands mouchoirs superposés, attachés dans les coins supérieurs, et assemblés sur les côtés. Surprenant ! Minimum de coutures, primauté du tombé du tissu qui s’enroule autour de la femme, recours de la ceinture à la place du corset… Ce qui fera sa signature est déjà en place. Sans oublier l’importance des broderies, des franges, des incrustations de velours, du crêpe (son tissu fétiche), des couleurs franches (noir, blanc, bleu, rouge, jaune, vert). Autre particularité, Madeleine Vionnet confectionnait ses premières toiles sur un mannequin miniature en bois de 80 cm, afin de prendre de la distance avec le modèle féminin, et n’utilisait ni croquis ni dessins préparatoires. Sa méthode, là aussi, s’avère unique. 

   

 MADELEINE VIONNET PAR ELLE-MEME :

 – Sur la création – 

« Pour moi, l’idée d’une robe est mentale. Je la conçois, je l’achève en rêvant (…) à force de la rechercher. »  

« En vérité, peut-on créer facilement ? Pour ma part, je pense que non, et je crois que toutes les recherches sont ardues et presque toujours ingrates. Une vraie création doit être nécessairement et naturellement laborieuse : quiconque crée doit peiner et souffrir. »   

– Sur son métier – 

« On n’est pas couturier dans l’abstrait pour suivre son inclination et créer des œuvres rejetées par le public. Certains peintres ont tristement vécu ainsi, mais un couturier habille des êtres humains, non des rêves. » 

– Sur ses inventions – 

« C’est moi qui ai enlevé les corsets. (…) Chez Doucet, j’ai présenté pour la première fois les mannequins pieds nus dans des sandales et en peau, comme on dit. »  

« Je me suis appliquée, comme pour la femme, à libérer le tissu des contraintes qu’on lui imposait. (…) J’ai prouvé qu’un tissu qui tombait librement sur un corps sans cuirasse était le spectacle harmonieux par excellence. J’ai cherché à donner au tissu un équilibre tel que le mouvement ne déplace pas ses lignes, mais les magnifie encore. »  

– Sur les couleurs – 

« Le noir, le blanc et puis de beaux tons francs, sincères. Des bleus et de verts qui parent les yeux, des rouges qui rappellent les lèvres, mais pas de coloris mal définis. »  

– Sur le goût – 

« Le goût, c’est un sentiment qui permet de faire la différence entre ce qui est beau et ce qui est seulement spectaculaire – et aussi ce qui est laid ! »  

     

 

 

  • L’exposition (24 juin 2009-31 janvier 2010) scénographiée par Andrée Putman a mis en lumière le talent de Madeleine Vionnet, à travers cent trente de ses modèles créés entre 1912 et 1939, conservés aux Arts Décoratifs.
  • Madeleine Vionnet, Puriste de la mode, par Pamela Golbin, Union Centrale des Arts Décoratifs (2009).
    Le catalogue d’exposition permet de découvrir à tête reposée et en détail le talent de cette couturière hors du commun. A côté des photographies de la collection du musée par Patrick Gries, on retrouve celles des photographes des années 1920-1930 : Horst P. Horst, George Hoyningen-Huene, Steichen…

   Légendes des photos par ordre :  

  1. Le mannequin Sonia Colmer par George Hoyningen-Huene, Vogue, France, 1931.
  2. Madeleine Vionnet à son mannequin, Thérèse Bonney, 1923-1926.
  3. Robe, hiver 1920, dite « Robe Quatre Mouchoirs », à plat.
  4. Robe, hiver 1920, dite « Robe Quatre Mouchoirs ».
  5. Détail d’une robe du soir, été 1936.
  6. Détail d’une cape du soir, été 1924. Velours façonné fond satin motifs de feuilles noires à nervures ivoires.
  7. Robe du soir, hiver 1938.
  8. Détail d’une robe du soir, hiver 1931.
  9. Robe du soir, été 1924.
  10. Robe du soir, hiver 1935.
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One Response to Madeleine Vionnet, moderne avant tout

  1. meuwese says:

    Tout est dans la grâce ! grâce de la création et des drapés, et grâce du mannequin, ma mère et le photographe a su la capter et l’éterniser !

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