« La photo était floue » (Julio Cortázar)

Julio Cortázar, Autoportrait, Paris, 1975

Un Cronope sur le point d’ouvrir la porte de sa maison met la main dans sa poche et, au lieu d’en retirer ses clefs, il en sort une boîte d’allumettes, et voilà notre Cronope qui se désole et se prend à penser que s’il trouve des allumettes à la place de ses clefs, c’est peut-être que le monde s’est soudain déplacé et ce serait horrible de trouver son portefeuille plein d’allumettes et le sucrier plein d’argent et le piano plein de sucre et l’annuaire du telephone plein de musique et la penderie pleine d’abonnés et le lit plein d’habits et les vases pleins d’autobus. Comme il pleure notre Cronope, comme il pleure et se lamente, il court se regarder dans une glace mais comme la glace est légèrement de biais, ce qu’il voit c’est le parapluie de l’entrée et ses craintes se conferment, il tombe à genoux et sanglote en joignant ses petites mains sans savoir pourquoi. Les voisins, des Fameux, accourent pour le consoler, mais il se passé des heures avant que le Cronope ne sorte de son désespoir et accepte une tasse de thé qu’il regarde et examine longuement avant de la boire, des fois qu’à la place de la tasse de thé il y aurait une fourmilière ou un livre de Paul Bourget.

  • Julio Cortázar, « la Photo était floue », Histoires des Cronopes et Fameux, Gallimard.
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Ce qui nous sépare de Zurbarán

Sainte Lucie, détail, 1636

Quatre siècles, autant dire une éternité, nous tiennent à distance de Francisco de Zurbarán (1598-1664), l’un des grands peintres du Siècle d’or espagnol. Au-delà de l’influence baroque et de l’empreinte du Caravage qui la caractérisent, son œuvre témoigne d’un mysticisme éclatant, d’une foi ardente mais à laquelle nous n’avons plus accès. Un fossé s’est creusé au rythme de la sécularisation de notre monde moderne entre les êtres qu’il peignait et l’interprétation que nous pouvons en faire aujourd’hui. Il n’est plus pensable de s’identifier ou de ressentir l’extase de ces martyrs crucifiés émergents d’un arrière-plan noyé dans la pénombre, de ces moines méditatifs en chasuble blanche ou brune, de ces saintes, à l’inverse, parées d’étoffes riches et colorées et qui portent sur des plateaux les restes de leur sacrifice : une paire d’yeux (sainte Lucie) ou de seins (sainte Agathe). C’était pourtant l’objectif premier de ces tableaux. Réalisés pendant la Contre-Réforme, en réaction à ce courant déstabilisant le socle du catholicisme, ils étaient censés instiller un sentiment de dévotion profond chez les fidèles.

Agnus Dei, vers 1635

Désormais ils sont devenus des objets de fascination chargés de silence. L’écrivain néerlandais Cees Nooteboom les admire. Cet homme du Nord a sillonné l’Espagne pour les contempler. Il les a évoqués dans son livre le Labyrinthe du pèlerin. Il y revient dans la préface d’une monographie consacrée au contemporain de Velázquez, qui lui échappe et lui échappera toujours. Il nous invite, écrit-il, à « un voyage dans le temps vers l’altérité absolue ». Certes, on peut se raccrocher aux « détails » que sont les magnifiques plis et drapés de tissus, que Zurbarán excelle à représenter, aux contrastes des tons, aux objets des natures mortes (« bodegone »), aux boucles du lainage de l’agneau de Dieu, si bien rendues qu’on a l’impression de les toucher. Mais la foi intérieure des saints ? Nooteboom n’arrive pas à la déchiffrer. Son impuissance, notre impuissance, est en fait une question de trop-plein. « Qu’ont-ils donc, ces visages que je ne puis traduire en mots ? Peut-être est-ce plutôt quelque chose qu’ils n’ont pas. Cette pensée me vient en considérant le portrait de Frère Jeronimo Perez (…). Son regard est direct. Il nous fixe, mais avec des yeux qui n’ont jamais vu la télévision ou l’internet. Sont-ce pour cela d’autres yeux que les nôtres ? On ne pourra naturellement jamais le prouver, mais l’homme qui les a peints avait les mêmes yeux. Jusqu’à quel point ces choses-là sont-elles essentielles ? L’absence d’automobiles, d’avions, face à l’omniprésence, dans leur monde, de Dieu. » Faites l’expérience, ouvrez ce livre à n’importe quelle page et regardez l’indescriptible. Touchez ses saints que vous ne savez plus voir !

Saint François méditant, 1639

  • Zurbarán, Œuvres choisies 1625-1664, introduction de Cees Nooteboom, éd. Hazan, 2011.

Godard vs Woody

Au jeu des comparaisons, tout se joue dans les détails. Prenez ce dessin pioché sur le blog Paris versus New York, a tally of two cities, qui croque les différences entre les représentations culturelles de la Big Apple et de la ville Lumière : une épure où seuls la ligne des lunettes et le placement de deux points noirs en guise de regard suffisent à incarner l’expression de deux réalisateurs devenus des icônes de leur vivant.

Séparés par un océan, l’Américain Woody Allen, amoureux de Paris et du jazz, et le Suisse Jean-Luc Godard, retiré dans son canton de Vaud, n’ont rien à voir. Si ce n’est par leur statut de cinéastes singuliers et cinéphiles, eux qu’on identifie si facilement à leur personnage de composition. Woody est à New York ce que Jean-Luc est à la Nouvelle Vague, un symbole. Entre le premier qui, en gai pessimiste, imprime sur la pellicule sa vision de la vie où tout n’est que mélange de contraires irréconciliables, confrontation du transcendant et du trivial, et le second, ermite mélancolique qui se tient en marge, n’aime rien tant que provoquer, se faire détester, rompre les amarres, entretenir une solitude blessée, il y a ce trait d’union formé par l’humour. L’art de tourner en dérision une réalité absurde, humiliante ou injuste pour s’en sortir. L’art des formules aussi. Allen manie la légèreté (de stand-up comédie), les aphorismes et gags virtuoses, Godard les calembours et les saillies intellectuelles. Il a construit son existence et son œuvre sur les ruptures : il commence par quitter sa famille, issue de la grande bourgeoisie protestante (l’anecdote, savoureuse, mérite d’être racontée : ce grand lecteur, admirateur de Bernanos, Julien Green, Malraux…, était aussi kleptomane. A presque dix-sept ans, il vola chez son grand-père, Julien Monod, dans sa collection baptisée le « valerianum » des premières éditions de Paul Valéry, qu’il revendit à la librairie Gallimard, juste en face, boulevard Raspail. En guise de punition, il fut exclu du clan familial). D’autres ruptures violentes jalonnent son parcours : avec ses amis (François Truffaut, Jean-Pierre Gorin…), avec les femmes (Anna Karina, Anne Wiazemsky…). Sur le plan créatif, il ne cesse de se métamorphoser. Dandy introverti réinventant la grammaire cinématographique avec A bout de souffle, esthète avec le Mépris, révolutionnaire marxiste et iconoclaste avec le groupe Dziga Vertov, essayiste crépusculaire avec Histoire(s) du cinéma, bref un filmeur compulsif tel un graphomane, jamais là où on l’attend, pratiquant toujours les collages, citations, montages, ruptures (encore) fascinants ou déroutants.

Les deux hommes se sont rencontrés une fois, en 1986, pour le projet de Godard autour du King Lear de Shakespeare. Allen fut contacté pour y jouer le rôle du bouffon, Jester. Le « carton d’invitation » de Godard est à son image, ambivalent, surprenant : « Merci infiniment d’accepter d’“être ou ne pas être” avec moi lors de ce long voyage vers la création de la langue moderne, c’est-à-dire Shakespeare. » La collaboration se résuma à une interview filmée de vingt-six minutes (Meeting Woody Allen) et une prise « vite bouclée », comme le rapporte Antoine de Baecque dans sa monumentale biographie, richement documentée, sur « l’impossible M. Godard », à la page 667. Woody Allen confiera plus tard : « Cela n’avait aucun sens pour moi quand je le faisais, mais je savais que c’était en de bonnes mains », et : « J’avais l’impression d’être dirigé par Rufus T. Firefly (le personnage joué par Groucho Marx dans Soupe au canard), vous savez, quand Groucho est censé être un grand génie et que personne n’ose remettre en question. » 

  • Antoine de Baecque, Godard, biographie, Grasset, 2010.

Fitzgerald à nu dans « Un livre à soi »

« L’histoire de ma vie est celle du combat entre une envie irrésistible d’écrire et un concours de circonstances vouées à m’en empêcher. »
                 Francis Scott Fitzgerald, « Qui est qui, et quoi  ? »

Le rêve de Francis Scott Fitzgerald était de réunir tous ses articles publiés dans divers journaux en un seul ouvrage afin de constituer ce « livre de réminiscences » censé inscrire « un passé à la hauteur du présent ». Malgré ses demandes réitérées à son éditeur et ami Maxwell Perkins, son projet n’avait pu voir le jour.

Soixante-dix ans après sa mort, alors que son œuvre est désormais tombée dans le domaine public, l’injustice est réparée. Avec Un livre à soi, l’occasion nous est enfin donnée de découvrir l’ensemble des écrits « personnels » de Fitzgerald – dont certains restaient jusqu’alors inédits en français –, rédigés « uniquement lorsque l’impulsion venait de l’intérieur ». Fragments arrachés au quotidien, ces textes renvoient à la part intime de l’écrivain. Entre moments de bonheur et rechutes mélancoliques, entre faste et décadence, entre joie et effroi d’être au monde, la vie de Fitzgerald (1896-1940), frappée par le sentiment de dépossession, prend ici une dimension tangible, loin de son univers romanesque. Même si les questions littéraires occupent une place importante dans ce recueil (voir par exemple « Comment gâcher le matériau. Une note sur ma génération », où Fitzgerald dénonce le manque de souffle d’auteurs américains en mal d’inspiration : « Pour un Dreiser capable de faire un choix audacieux et irréprochable, il y a eu une douzaine de prétendus Henry James qui se sont rendus idiots à force de se soucier du matériau, et une autre douzaine encore qui, aveuglés par la queue de la comète Walt Whitman, ont saboté leurs livres avec ce désir d’écrire factice d’écrire quelque chose « d’éloquent » sur l’Amérique« ), ces chroniques s’attachent à dépeindre les soucis matériels qui empoisonnent son existence. A commencer par l’alcool et le manque d’argent.

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Vague à l’âme : « Le Quart » de Nikos Kavvadias

Tous ceux qui sur la mer avec moi ont peiné
me voient en vieux salaud, qui jamais ne s’allonge
dans le lit d’une femme, et que la coco ronge.
Malheureux ! S’ils savaient, ils m’auraient pardonné…

                       Nikos Kavvadias, extrait de « Marabout »

Le marin et poète grec Nikos Kavvadias (1910-1975) a fait un détour par la prose le temps d’un unique roman, Le Quart. Nourri par son expérience sur les mers lointaines, ce livre inoubliable raconte crûment l’errance de l’équipage du Pythéas, « cargo de cinq milles tonnes, standard de la première guerre mondiale » en route vers l’Extrême-Orient. Une histoire d’hommes qui donnerait la nausée aux féministes les plus engagées.

De sa vie, Nikos Kavvadias a fait une œuvre. Pas seulement en la relatant par le biais de la fiction, mais en y consacrant chacun de ses écrits. Il n’a pourtant laissé que peu de textes*, au grand regret du traducteur Michel Volkovitch qui dresse rapidement le bilan : « trois minces recueils, cinquante-deux poèmes écrits sur plus de quarante années, soit une page et demie par an ». Et un récit à tiroirs, le Quart, dont on se dit, une fois refermé et digéré, qu’il ne fait pas si bon être bercé par son roulis.

Qu’est-ce que ce livre, en effet, sinon une transposition moderne et terriblement désabusée de l’Odyssée ? Dimension épique, pittoresque, progression tragique, gâtée comme un fruit trop mûr. Alternance de passages narratifs et de passages réflexifs où une voix commente l’action tel un chœur antique. Nous sommes chez Homère, sauf qu’Ulysse ne revoit pas Ithaque. Le retour n’a pas lieu. La force d’attraction de la mer, cette ligne de fuite vibrante de promesses et de tous les possibles lorsqu’on a vingt ans, n’a pas de limites. Qu’importe alors si elle incarne l’enfer ici-bas (« Pour nous autres marins, il n’existe pas d’enfer dans l’autre monde. Nous le vivons dans la ferraille, dans cette vie. Nous sommes pardonnés, quoi que nous fassions, avant qu’on nous pardonne »). On ne la quitte pas impunément (« Le pire des reniements, le plus grand désespoir est de jeter l’ancre dans son pays et de vivre de souvenirs »). Elle représente l’horizon des hommes ayant pris le large, qui pour fuir une femme, qui pour fuir la « Vieille Europe au cul défoncé ». Parmi eux, on trouve une galerie de portraits étonnants : Gérasimos, le capitaine, Polychronis, le timonier, Diamandis, le pilotin, Nico, le radio, double de l’auteur lui-même. Dans sa préface, Olivier Rolin souligne bien la parenté qui existe entre le radio, « celui qui capte la parole du monde, confuse, crépitante de parasites, celui qui transmet au monde les demandes d’aide, les appels au secours », et le poète. Par chance, Kavvadias était les deux.

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« Everness », suite : la parole à Borges

Mentionnant le poème « Everness » de Borges, il y a deux jours, j’ai écrit un peu vite qu’il avait lui-même imaginé cet étrange substantif qui porte en lui, mieux que n’importe quel autre terme, la sensation d’éternité. Un peu vite en effet, car cela ne m’aurait pas surprise que pareille invention provienne du bibliothécaire aveugle de la Bibliothèque nationale de Buenos Aires, narrateur de ses doubles, auteur prolifique de récits (poèmes, contes, essais) ornés de théories ésotériques, vraies ou présumées, et de vieux livres apocryphes reliés en maroquins. Or, une interview de Borges parue dans The Paris Review, mythique revue américaine fondée en 1953 à Paris par Harold L. Humes, Peter Matthiessen et George Plimpton, m’a détrompée. L’interview – ou plutôt la conversation, supérieure car elle autorise l’irruption de l’insolite – date de 1966. On peut y voir toute l’espièglerie du vieux maître qui répond aux questions de Ronald Christ. Ainsi, à celle de savoir s’il est l’inventeur du mot everness, il révèle ceci :

« J’ai trouvé ce mot dans le Roger’s Thesaurus. J’ai ensuite pensé que le mot avait été créé par l’évêque Wilkins, qui a inventé une langue artificielle. (…) Everness, bien sûr est mieux qu’éternité, parce qu’éternité est assez usé maintenant. Ever-r-ness est bien mieux que le mot allemand Ewigkeit, le même mot. Mais il a aussi créé un très beau mot, un mot qui est un poème en soi, plein de désespoir, de tristesse et de dérilection – le mot neverness. Un beau mot, non ? Il l’a inventé, et je ne sais pas pourquoi les poètes l’ont laissé traîner sans jamais l’utiliser. (…) Vous pourriez dire impossibility, mais c’est très plat pour neverness – avec le suffixe saxon en –ness. Neverness. Keats emplois nothingness : « Till love and fame to nothingness do sink » ; mais nothingness, je crois, est plus faible que neverness. (…) Il est dommage que ce mot soit perdu dans les pages d’un dictionnaire.  »

La plupart de ses déclarations prennent la forme de questions rhétoriques. Il raconte par exemple son amour du genre épique, des auteurs anglais, son art de concevoir les noms de ses personnages, son goût pour la cabale hérité de De Quincey, son sentiment d’être plus aristotélicien que platonicien selon le partage de l’humanité de Coleridge. Il souligne aussi, pour ceux qui en douteraient, son sens de l’humour, maintenu souvent dans le champ de private jokes. D’ailleurs, nous précise l’intervieweur Ronald Christ, « quand il rit – et cela lui arrive souvent – ses traits se rident et il ressemble alors à un point d’interrogation ».

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Ivresse de l’ « Everness » (Jorge Luis Borges)

L’effet de fascination reste entier à chaque lecture de Jorge Luis Borges. L’auteur aveugle et voyant de l’Alpeph, cette « sphère miroitante à l’éclat presque intolérable » et dans laquelle on peut contempler l’ensemble de l’univers (quelle merveilleuse idée que ce point d’accès à ce qui existe et a existé, et dont le but ultime, illusoire, est de comprendre ce qui ne nous a pas été donné de comprendre, que cette épiphanie joycienne placée dans le sous-sol d’un vieil immeuble de Buenos Aires !), transporte ses lecteurs dans un autre monde, aux confins de la réalité et du rêve. Ses écrits, qui dépassent les genres en les confondant les uns les autres, ont la structure kaléidoscopique d’une boule à facettes, d’un jeu de miroirs et de mise en abyme démultipliée où une énigme renferme une autre énigme, qui à son tour… Comme si pour élucider le mystère, il fallait en créer un autre.

Quelques indices reviennent sans cesse, guidant, tel le fil d’Ariane, notre cheminement dans les méandres sémantiques échafaudés par cet érudit prisonnier des livres. Ils ont pour noms « labyrinthe, mémoire, vision, magie, tigre, cercle, Islande »…  Mais ces motifs ouvrent bien plus grand les portes de l’imaginaire qu’ils n’apportent une explication à l’insondable complexité du réel et à ce qui paraît insaisissable dans les métamorphoses du temps.

Incessantes métamorphoses pour lesquelles Borges forge ce terme « everness » (sans équivalent en français), qui mime la tension entre le toujours et le jamais, qui renvoie à un présent indéfini, hybride, où se réaliseraient
des rencontres impossibles, défiant les lois de la science. En préface de l’Autre, le Même, Borges en évoque une : il retrouve Leopoldo Lugones, mort en 1938. Tout naturellement. Même s’il finit par reconnaître non sans tristesse que c’est un rêve qui « se défait comme l’eau dans l’eau ». Belle métaphore pour symboliser la perméabilité des temps et l’ivresse qu’elle procure.

Jorge_Luis Borges_por_Paolo_Agosti

Everness

Tout existe, hormis une chose : l’oubli.
Dieu sauve le métal ; il sauve aussi la cendre,
Et sa mémoire prophétique peut comprendre
Les lunes de demain, d’hier et d’aujourd’hui.
Tout est encore et tout est déjà : les images
Dont, du jour qui va poindre à la chute du soir,
Mon visage a hanté  le fugace miroir,
Et celles qu’y mettront mes incessants visages.
Nous ourdissons cette mémoire, l’univers.
Une glace va, traversant un jeu de glaces ;
Les corridors sans but imitent les déserts
Et tu vois se fermer les portes quand tu passes.
Tu n’atteindras que sur l’autre aile de la nuit
L’Archétype qui Reste la Splendeur qui Luit.

in l’Autre, le Même

  • Jorge Luis Borges, Œuvre poétique (1925-1965), Poésie/Gallimard, 1985.

Voir aussi : « Everness », suite : la parole à Borges

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Του Μιχάλη Π.

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