Rébus magique

max ernst_au premier mot limpide

Max Ernst, Au premier mot limpide, 1923 
(ancien tableau mural de la maison de Paul Éluard à Eaubonne).

Ce tableau est dominé par un mur d’une teinte brun-rouge, qui barre largement la vue sur le fond bleu. Une main féminine se glisse par l’une des deux étroites ouvertures. De ses doigts croisés, elle tient une boule ou un fruit rouge. Celui-ci est attaché à un fil suspendu au mur par des clous, fil qui dessine une forme de M. Associé au « X » des doigts, on peut y voir la signature en monogramme de Max Ernst. Mais le motif des doigts, qui se rattache à l’illustration d’un tour de magie, rappelle également des jambes de femme croisées – image de la séduction, à l’instar des baies rouges. Une mante religieuse, symbole de comportement sexuel agressif, tire sur l’autre extrémité du fil.

Cette représentation, conçue comme une sorte de rébus magique, faisait partie d’un cycle de peintures murales que Max Ernst avait réalisé en 1923 dans la maison du poète Paul Éluard. L’artiste, qui avait entretenu une liaison avec Gala, l’épouse d’Éluard, à l’époque où il vivait encore à Cologne, a créé à Eaubonne une œuvre chargée d’une symbolique érotique éminemment personnelle. Il est fort probable qu’il a intégré dans les motifs de son cycle mural quelques allusions au ménage à trois qu’il formait avec le couple Éluard.

La maison des Éluard a été vendue par la suite. Il a fallu attendre la fin des années 1960 pour que les peintures, recouvertes de papier peint, soient retrouvées, détachées du mur et transférées sur toile. Les titres actuels sont empruntés à des poèmes de Max Ernst qui, parallèlement à son œuvre de plasticien, a également laissé une importante œuvre écrite.

  • Rétrospective Max Ernst, à la Fondation Beyeler, à Bâle, jusqu’au 8 septembre 2013.
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